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12.05.2008

Medvedev intronisé président de Russie

Intronisé aujourd'hui président de Russie et donc maître théorique du pays, Dimitri Medvedev devra rapidement s'atteler au problème numéro un de ses compatriotes, l'inflation, qui a atteint 13,6 % sur les douze derniers mois, cinq fois la moyenne des autres membres du G8, et dépasse 6 % sur les seuls quatre premiers mois de 2008.

La chorégraphie pour la passation de pouvoir, aujourd'hui, entre le président Vladimir Poutine et son successeur Dimitri Medvedev, a été réglée minutieusement. Passage en revue de troupes, prestation de serments devant les corps constitués de la nation, discours inaugural au Kremlin, salve de trente coups de canon... C'est une copie conforme des cérémonies organisées à la suite de l'élection présidentielle de 1996, 2000 et 2004 qui sera retransmise en direct à la télévision russe.

Mais, si le rituel est immuable, le contexte dans lequel Dimitri Medvedev, quarante-deux ans, arrive au pouvoir, est très particulier. D'abord parce que tout Moscou se demande si le président, élu en mars dernier avec plus de 70 % des voix, sera un simple homme de paille de son prédécesseur et mentor, Vladimir Poutine, ou s'il tiendra pleinement son rôle. Depuis des siècles, le locataire du Kremlin est le vrai maître du pays, mais Vladimir Poutine a profité des derniers mois de son mandat pour se tailler un poste de chef du gouvernement tout-puissant, qu'il occupera dès demain (lire ci-dessous).

En outre, le nouveau président russe devra diriger un pays qui a beaucoup changé sous le mandat de son prédécesseur. Un changement illustré par deux défilés à quelques jours d'intervalle.

Flambée des prix

Le premier, celui, traditionnel, du 1er Mai, a été l'occasion pour nombre de Russes de protester de manière assez inhabituelle contre l'inflation. Cette dernière, alimentée comme partout dans le monde par la flambée des prix alimentaires et de l'énergie, est aggravée en Russie par une hausse spectaculaire des dépenses publiques, notamment en raison d'une revalorisation des retraites, depuis environ deux ans. L'inflation a atteint 13,6 % sur les douze derniers mois, cinq fois la moyenne des autres membres du G8, et dépasse 6 % sur les seuls quatre premiers mois de 2008. Alors que s'achevait la semaine dernière la période de six mois de gel « volontaire » des prix chez les distributeurs de produits alimentaires, Dimitri Medvedev trouvera donc un premier dossier brûlant sur son bureau du Kremlin. La lutte contre l'inflation pourrait inciter la banque centrale à laisser filer un peu le rouble dans les prochains mois, a reconnu récemment le vice-gouverneur de la banque centrale, Alexeï Ulyukayev, mais le Kremlin devra aussi sans doute rétablir un peu de discipline budgétaire.

Deuxième illustration des changements en cours, le défilé organisé vendredi pour marquer l'anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale, dénommée « grande guerre patriotique » et fêtée le 9 mai en Russie. Illustrant l'impressionnante montée d'une rhétorique militariste relayée par les médias, Moscou renouera, pour la première fois depuis la chute de l'URSS, avec les parades d'avions, chars, blindés et missiles - dont quatre Topol M, fer de lance de la force stratégique russe. Il s'agit de « démontrer notre potentiel croissant en matière de défense », a lancé lundi Vladimir Poutine. Fort de ses pétrodollars, le Kremlin multiplie les signes d'un retour au premier plan de la puissance militaire russe après des années d'humiliation et a augmenté très substantiellement le budget des armées ces dernières années. Lequel demeure toutefois équivalent au douzième seulement de celui des Etats-Unis.

L'avenir de l'armée

La plupart des experts occidentaux et leurs homologues russes indépendants estiment que l'armée russe est fort peu opérationnelle, s'appuyant sur des conscrits peu motivés et mal formés ou une conception dépassée de « l'art de la guerre ». Ce dernier requiert aujourd'hui la maîtrise des techniques de l'information et non plus un grand nombre de blindés ou de missiles. La hiérarchie militaire russe, pléthorique et corrompue, s'est toujours opposée à la mutation vers une armée de métier, déjà souhaitée par Boris Eltsine. Il s'agira sans doute là aussi d'un des dossiers clefs du nouveau président, qui est aussi le chef des armées selon la Constitution. A moins que les questions militaires ne soient transférées au chef du gouvernement, comme le journal « Gazeta » l'affirme. Obligeant le porte-parole de Vladimir Poutine à une déclaration de tonalité bien soviétique : « Tant que ces décisions ne sont pas officielles, elles ne sont que des rumeurs. »

YVES BOURDILLON
 
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